

"Je
ne sais quoi d'une suavité singulière et d'une aristocratique
sérénité transpire au château de Chenonceau.
Placé au fond d'une grande allée d'arbres, à
quelque distance du village, qui se tient respectueusement à
l'écart, bâti sur l'eau, entouré de bois,
au milieu d'un vaste parc à belles pelouses, il lève
en l'air ses tourelles, ses cheminées carrées. Le
Cher passe en murmurant au bas sous ses arches dont les arêtes
pointues brisent le courant. Son élégance est robuste
et douce et son calme mélancolique sans ennui ni amertume."
Cette description toute en douceur provient du récit de
voyage de Gustave Flaubert Par les champs, par les grèves.
A en juger par le ton employé, l'écrivain est
tombé sous le charme du plus féminin des châteaux
de la Loire.
Le
manoir féodal de Chenonceau appartenait à la famille
des Marques. En 1411, le château est rasé puis reconstruit.
Mais, criblé de dettes, Pierre Marques vend le château
en 1513 à Thomas Bohier, receveur des Finances sous Charles
VIII, Louis XII et François Ier. Les travaux d'aménagement
du château, menés par la femme de Bohier, se termineront
en 1521. Mais tous deux décèdent peu après,
laissant une forte dette à leur fils. Celui-ci est obligé
de céder le château à François Ier,
qui s'en servira comme pavillon de chasse.
Après
son accession au trône, en 1547, Henri II offre à
sa favorite, Diane de Poitiers, le château de Chenonceau
ainsi que les joyaux de sa couronne.
Diane, duchesse de Valentinois, est une habile gestionnaire :
elle met rapidement à profit tous les avantages de sa propriété.
Grâce aux subsides du roi, elle fait façonner un
magnifique jardin de deux hectares, selon le goût italien.
En 1556, elle commande à l'architecte classique Philibert
Delorme un pont enjambant le Cher pour faciliter l'exploitation
du domaine et ajouter à la beauté des lieux. Là,
elle vivra avec le roi des moments idylliques.

Le
roi meurt brutalement en 1559 laissant sa maîtresse à
la merci de l'épouse humiliée, Catherine de Médicis.
Cette dernière va se venger durement en reprenant les bijoux
et en chassant Diane de Chenonceau. Le pouvoir ayant changé
de camp, les courtisans oublièrent rapidement Diane de
Poitiers, qui s'exila dans son château d'Anet.
Catherine
de Médicis prend alors Chenonceau en main et y accueille
de manière fastueuse la Cour. Elle fait construire elle
aussi un parc et achève le projet de Diane en bâtissant
une galerie sur le pont enjambant le Cher. A Chenonceau est célébré
le mariage de François II et de Marie Stuart dans une opulence
de victuailles et de feux d'artifice. En 1577, le roi Henri III
donne une grande fête au château en l'honneur de la
victoire du duc d'Anjou à la Charité-sur-Loire.
Avant de mourir, Catherine de Medicis lègue Chenonceau
à sa belle-fille, Louise de Lorraine, femme du roi Henri
III. La même année, en 1589, le roi est assassiné
et sa veuve se retire au château de Chenonceau où
elle fait décorer sa chambre entièrement de noir
pour porter le deuil.
L'écrivain Henry James, au cours de son Voyage en France,
fit une halte dans la vallée de la Loire. Sa visite à
Chenonceau l'amena à penser que ce château était
le plus personnel et le plus intime de tous les châteaux
de la Loire, du fait de sa riche histoire. [...]
Au XVIIIe siècle, le château devient la propriété
du fermier général Dupin. Sa femme y tient un salon
où toutes les célébrités de l'époque
défilent. Le précepteur de leur enfant est lui aussi
une figure marquante du siècle : Jean-Jacques Rousseau.
L'écrivain composa à l'usage de son élève,
le traité d'éducation L'Emile.
En 1913, la famille des chocolateries Menier acquiert le château.
Chenonceau
sur le net :
Site du château
de Chenonceau : visite interactive des trois étages
du château avec un plan animé, des vidéos,
des photos. Des informations pratiques figurent également
dans le site.
Chenonceau
: le château côté histoire et côté
architecture. De nombreuses fiches synthétiques sur les
personnages clés de cette période : rois, reines
et intriguants.
La
Renaissance : une page de liens vers des sites traitant de
cette période historique dans les domaines les plus variés
: philosophie, histoire, beaux-arts, architecture, religion, littérature.